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« Nagori »

Formats de 28/23cm

Ce mot poétique « Nagori », littéralement "reste des vagues", signifie en japonais la nostalgie de la
séparation, et surtout de la saison qui vient de nous quitter. Il annonce déjà le départ imminent du
fruit ou du végétal jusqu'aux retrouvailles l'année suivante. Il s’agit d’accompagner ce départ : on
sent que le fruit, son goût se sont dispersés dans notre propre corps… Il s’agit de regarder avec
attention le monde végétal qui se transforme. Pour garder en soi la trace de ce qui n’est déjà plus là,
mais dont la douceur reste vivace dans notre esprit. Ce mot évoque aussi le côté presque charnel qui
nous lie au cycle des saisons. Il tente de fixer l’éphémère et l’impalpable pour profiter sans regret
des instants transitoires et espérer les revivre un an plus tard.


Nagori 1, bruine d’été
Quelques gouttes légères en fin de journée viennent se poser sur une figue tombée à l’instant. Avant
de la déguster, je la regarde. Sa peau est recouverte d’une fine pellicule poudreuse et blanche. La
figue est fendue en plusieurs endroits. Elle laisse entrevoir la chair rouge. Je l’ouvre en deux et la
porte à ma bouche. Je ferme les yeux pour incorporer chaque détail de son goût. Pleine d’un jus
dense et sucré, comme un vin muté, elle annonce l’automne. Le cycle de la vie reprend son cours.

 

Nagori 2, nuit garance
La nuit est tendre et sombre. L’air est léger, enveloppant. Dehors, sous un éclairage parcimonieux,
le rosier en fin de saison laisse échapper ses derniers pétales. Certains flétris, friables au toucher
d’autres encore en plein éclat, d’un rouge affirmé. Promesse d’un lumineux printemps pour l’an
prochain.

Nagori 3, vent de sécheresse
L’air est très chaud. Trop tôt cette année l’arbre de Judée a perdu feuilles et gousses avant
l’automne. Elles tombent. Leurs couleurs offrent au regard une variété infinie de tons : ocres,
fauves, beiges rosés, roux, vert éteint… Les feuilles sont mouchetées de bruns. Il y a de la
délicatesse dans cette jonchée précoce. Elle donne l’espoir d’une renaissance de ses fleurs d’un rose
pourpre vif à Pâques.

Nagori 4, noir à senteur d’anis
L’océan à perte de vue. Au bord du chemin côtier des herbes, des brindilles, quelques roches brunes
et ces tiges drues de fenouil sauvage aux sommets en coupole. Après leur floraison elles deviennent
d’un noir profond et tracent des calligraphies dans le ciel. Prendre dans sa main les graines, les
frotter et retrouver le parfum d’anis malgré la flétrissure. Ce parfum, comme un fil reliant les
saisons, va perdurer jusqu’à l’an prochain où les délicates fleurs d’un vert anisé reviendront.

Nagori 5, dernière grenade éclatée
Sur le chemin menant à la cathédrale de Torcello, une grenade à pleine maturité est tombée au sol
devant moi. Ses graines, d’un rouge sombre et terni, activent le souvenir de leur goût subtils et
sucrés. Échoué là, il émane de ce fruit une mélancolie de la perte. Elle nous oblige à nous projeter
dans le temps pour retrouver la splendeur d’un été prochain.

Nagori 6, la mue des oiseaux
Les oiseaux perdent leurs plumes. Elles tapissent ça et là l’herbe. Légèreté, douceur sur l’herbe
vive. J’ai appris que les plumes autour de la tête des oiseaux tombaient en premier, puis la chute
descend progressivement le long du corps de l’oiseau jusqu'à ce que toutes les plumes soient
remplacées par de nouvelles. ».
Perte… Renouvellement… Nagori.

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