BIOGRAPHIE MODE d'EMPLOI

 

NAÎTRE à Nevers un 4 Mars 1952.

SE FABRIQUER des souvenirs de cette époque en regardant, punaisée au mur de la cuisine une petite photo noir et blanc des bords de Loire prise par son père…

MIGRER à 2 ans pour Vitry sur Seine.

PASSER des heures entières après l’école, dans le champ derrière la maison, accroupie sous les voûtes des ronciers à regarder la terre, les cailloux, les brindilles et les insectes…

SE RAPPELER que l’enthousiasme de son père pour la musique le poussait à grimper sur les tables pour jouer les chefs d’orchestre…

SE DÉGUISER en princesse, le 4 Mars, avec sa sœur et ses copines en mangeant les beignets longuement préparés par sa mère…

FEUILLETER Sylvain et Sylvette en ayant peur du loup et les contes de Perrault ou de Grimm en ayant peur de l’ogre…

SAVOIR bien dessiner les fillettes en imperméable à capuche poussée par le vent pour illustrer les poésies…

MIGRER à 9 ans à Genève en Suisse.

SE DIRE que l’enfance est bien finie et que c’est sûrement une catastrophe…

S’ARRÊTER deux fois par jour à la douane en allant à l’école vers les villes frontalières pour découvrir très tôt le sens des mots : passage… limite … entre-deux…

PLONGER dans Tintin et Milou pour changer les idées noires en ligne claire…

ACHETER des baigneurs en chocolat à une dame patronnesse répétant jusqu’à l’usure avec l’accent suisse « Pour les mamans fatiguéééés… »…

CROIRE dur comme fer que sa propre mère ne le sera plus …fatiguée grâce à ces grigris gardés au fond d’une poche…

GRATTER le sol d’une carrière de glaise abandonnée pour modeler des personnages…

LIRE tout Cocteau parce que, précisemment, il était « touche à tout »…

DÉCOUPER à cru des silhouettes dans des papiers de couleur…

RESTER toujours plus longtemps au cours de dessin…

MIGRER à quinze ans à Nemours.

DÉCOUVRIR les Beatles grâce à son prof d’anglais…

ENTENDRE la fureur de Mai 68 à la radio du fond de cette campagne paisible…

REPENSER à cette prof de dessin très douce, offrant à son élève, parce qu’elle faisait du « rab » pour le plaisir, un livre d’art en fin d’année…

MIGRER à dix-sept ans à Poissy.

PARLER des heures entières avec l’ami yougoslave…

VADROUILLER à Paris pour ce plaisir joyeux d’être libre…

RESSENTIR ses premiers émois cinématographiques avec le Satyricon de Fellini…

OBTENIR 18 au Bac en dessin : c’est décidé, ce sera les Beaux-Arts…

MIGRER à dix-neuf ans et transiter en région parisienne avant de se poser à Lyon.

RENTRER aux Beaux-Arts.

COPIER le Christ de Vezelay : c’est décidé, ce sera la sculpture dans l’atelier d’Avoscan...

CONSTRUIRE des décors de théâtre pour une « Yvonne, princesse de Bourgogne. »…

FAIRE la fête avec les potes…

ÉCRIRE un vrai scénario à deux qui restera dans un tiroir…

ENCOMBRER l’atelier des Beaux-Arts avec des peaux de bêtes nauséabondes pour un projet discutable en sculpture…

DORMIR avec un bonnet et des moufles parce qu’on n’a pas le chauffage dans son premier appartement...

RÉUSSIR son diplôme avec un mur de boîtes pas vraiment gai…

MIGRER du 3 au 5 rue Bodin pour partager son premier atelier.

RETENIR de l’Algérie le désert : pour le sable sans fin, pour les roches rousses aux formes usées et qui n’ont pas manqué de faire naître des sculptures au retour…

PRENDRE le train en lisant « la Modification » de Michel Butor…

VOLER jusqu’à New-York… trois fois… avec l’envie d’y retourner encore…

ETRE fascinée, sous le soleil grec, par la beauté vaguement répulsive des poulpes séchant sur des bois…

JOUER au théâtre dans la cour du château de Chalmazel…

VOIR presque tous les films de Pasolini en s’émerveillant de ses choix plastiques et formels…

OBSERVER mais de loin…de trop loin les combats idéologiques ou politiques…

COMPOSER avec la solitude ou l’amour tout en transformant ses vastes incertitudes en quelques certitudes affichées pour « dire » ou « faire » la sculpture…

MIGRER dans la première maison d’Oullins avec son atelier hors les murs.

MARIER l’art et la science…

TOMBER amoureuse de Venise pour cette alchimie unique entre préciosité et décrépitude…

PARTIR au Brésil pour devenir la mère de Léo…

ENVELOPPER le travail à l’atelier de musique en passant sans vergogne de Bach à…Tom Waits…

MIGRER dans la deuxième maison d’Oullins avec son atelier mi-ombre, mi-lumière.

RASSEMBLER tous ses textes écrits au fil du temps qui accompagnent la sculpture…

CULTIVER de solides amitiés autour d’une bonne bouffe et d’une bonne bouteille…

BUTER sur la maladie…allez : « Hauts les cœurs ! »…

RESPIRER dans la grande maison de pierre en Ardèche…

NOMMER en vrac et de façon non exhaustive les artistes qui sont parfois importants comme la vie même: Brancusi… Serra… J.Beuys… Nils… Udo… C.Simonds… M.Merz… L.Bourgeois… G Penone… A.Messager… Sophie Calle… B.Viola… E.Hesse… Pollock… Rothko… Vermeer…Rebecca Horn…et les autres…LISTER aussi les auteurs de livres ou de films : M..Kundera… Bachelard… M.Duras… P.Auster… M.Hanshofer… Ogawa… LeClezio… S.Hustvedt… W.Wenders… P.Handke… Chereau… Tarkovski… Kawabata… D.Lynch... Altman…P.Greenaway…et les autres…

OUBLIER des choses importantes…

TAIRE le principal.

À SUIVRE…